Un potager organique face au Ministère américain de l'agriculture


Lu dans dans le New-York Time du 21 mars 2009: Les adeptes américains de l'agriculture biologique ont eu un moment ce rêve fou: que Michael Pollan, ce poète de la nourriture, auteur du best-seller Omnivore's Dilemma et d'une lettre célèbre au « farmer in chief »  Obama, devienne le nouveau Secrétaire à l'agriculture. C'est plutôt un partisan des OGM, ancien gouverneur de l'IOWA, qui a été nommé à ce poste. Il n'est toutefois pas exclu qu'il puisse mieux servir la cause de l'agriculture biologique et des marchés locaux que ne l'aurait fait Pollan. Il a compris l'importance d'une bonne alimentation, dans le cas des enfants notamment. La part du plan de relance qu'il devra administrer comporte une somme de 250 millions destinés à garantir des prêts à des réseaux locaux, devenus nécessaire suite à l'apparition de 100 000 nouvelles petites fermes aux États-Unis et à l'intérêt des consommateurs pour les marchés fermiers. Rappelons que lors du dernier exercice financier américain, les subventions aux fermes industrielles étaient de 7,5 milliards, contre 15 millions aux petites fermes.


Tom Vilsack, le nouveau Secrétaire d'État américain à l'agriculture, a posé en février 2009, à l'occasion du 200e anniversaire de la naissance d'Abraham Lincoln, un geste prometteur: utiliser un marteau piqueur pour enlever l'asphalte recouvrant un espace de plus de 1250 pieds carrés aux abords du quartier général de son ministère, le USDA. Cet espace deviendra le People's Garden, un jardin biologique dont on n'espère qu'en plus de retenir l'attention des touristes, nombreux à cet endroit, il contribuera à protéger les bassin versant de la Baie Chesapeake.

Vilsack entend aussi réduire les subventions à la grande agriculture, ce qui inévitablement aura pour effet d'éloigner les Américains du modèle actuel

N'en concluons pas que les partisans d'une réforme radicale de l'agriculture aux États-Unis ont eu gain de cause. Leur cause vient toutefois de franchir une étape significative. Dans le nouveau jardin, on aura soin de faire pousser des plantes amies des insectes pollinisateurs et l'on profitera de l'occasion pour expliquer aux visiteurs le rôle que jouent ces insectes. Tom Vilsack a en outre invité ses collègues des autres administrations de Washington à imiter son geste dont il souhaite aussi qu'il soit reproduit aux abords de tous les édifices du USDA dans le monde. Des jardins apparaîtront sans doute sur bien des toits de ces édifices, car le projet annonce aussi une révolution verte en architecture et en aménagement.

N'est-ce là de la part de Tom Vilsack un geste symbolique destiné à faire oublier ses prises de position en faveur des OGM et du clonage des animaux de la ferme? Quand son nom est apparu sur la liste des candidats au poste de secrétaire à l'agriculture, les verts de tout le pays ont immédiatement réagi en envoyant plus de 20 000 messages de protestation. Par le choix de cet ancien gouverneur de l'IOWA, ami de Monsanto et des autres maîtres de l'agribusiness, Obama a semblé s'éloigner des grandes lignes de sa politique.

Tom Vilsack accepte tout de même le principe de la traçabilité et il devra composer avec une sous-secrétaire, Kathleen Merrigan, qui a toute la confiance des verts. Vilsack entend aussi réduire les subventions à la grande agriculture, ce qui inévitablement aura pour effet d'éloigner les Américains du modèle actuel car une baisse des subventions combinée avec la hausse du prix du pétrole ne peut que favoriser l'agriculture locale et diversifiée et défavoriser les grandes exploitations uniformes. Vilsack s'y attaque d’ailleurs d'une autre manière en autorisant, à titre expérimental, la culture des fruits et légumes dans ce qu'on appelle là-bas, le « base acreage ». Dans divers états du Midwest, les cultivateurs auront le droit de cultiver des légumes et des fruits en quantités limitées, sur des terres jusque là réservées à la monoculture du blé, du maïs ou du soja.

La bataille entre les groupes antagonistes se poursuivra sur deux fronts. Celui de la culture locale, organique et diversifiée, contre les grandes exploitations utilisant massivement les sous-produits du pétrole. Il faudra suivre attentivement le débat entourant la définition de l'aliment organique. Si l'on continue d'autoriser l'étiquette organique pour des produits cultivés à grande échelle et transportés d'un continent à un autre, le consommateur ne s'y retrouvera plus et l'on aura brisé un mouvement qui, en rapprochant les consommateurs des producteurs, humanisent les uns et les autres.

On aura aussi brisé une vision du monde qui a besoin de conserver sa cohérence pour durer. Qu'est-ce qu'une agriculture organique où les animaux peuvent se reproduire sans se toucher, se voir, s'entendre, se sentir ? Le département américain de l'agriculture, tel qu'il est composé en ce moment, risque fort d'enfanter des chimères de ce genre.