Jeff Rubin, un ex-économiste et stratège de la division Marché mondiaux de la CIBC, une grande banque canadienne, prédit qu'avec l'avènement de la Tata et autres véhicules à prix modiques, la demande va exploser pour des modes de transport énergivores dans les pays émergents et entraîner une raréfication des ressources énergétiques disponibles pour le transport. Après la globalisalisation de l'économie et les délocalisations massives, assistera-t-on à la "re-localisation" de l'économie ?
Considéré comme un anti-conformiste dans un milieu extrêmement conservateur, Jeff Rubin a su s'imposer par la justesse de ses prédictions par le passé. Il avait prévu l'effondrement des prix du marché immobilier en 1989 qui avait entraîné une hausse fulgurante des taux d'intérêts. Il avait été un des rares à prévoir que le baril franchirait le cap des 100$ à l'été 2007. Dans un ouvrage publié au printemps, Why Your World Is About to Get a Whole Lot Smaller, il prédit d'ici 2012 un baril de pétrole à 225$. (150 euros).
Pour une fois, la maîtrise de l'avenir n'appartient plus à l'Occident, mais aux pays émergents qui vont reconfigurer l'économie globale par leur demande croissante pour l'énergie fossile. "Ce qui mène le prix du pétrole, ce sont les économies où il y avait habituellement plus de bicyclettes que de voitures dans les rues." a-t-il expliqué à un journaliste de La Presse. La mise sur le marché de la Tata, la voiture à 2500$, va entraîner une hausse fulgurante de la demande en pétrole, dont la production devrait plafonner aux environs de 2012 selon la théorie du pic pétrolier. "Soudainement, des millions de ménages en Inde, en Chine, en Asie du Sud-Est, en Afrique, en Amérique latine, vont pouvoir s'acheter une voiture. Et quand tu obtiens une voiture, tu obtiens une paille pour commencer à aspirer le pétrole de la planète."
Là où l'économiste dérange, c'est lorsqu'il sort du crédo du modèle économie dominant lequel stipule qu'il suffit d'augmenter la production d'une ressource ou de varier l'offre pour répondre à une hausse de la demande : «La réponse ne réside pas dans la conversion d'autres ressources en hydrocarbures ou dans des choses tordues comme la production d'éthanol. La réponse est de consommer moins de pétrole. Et c'est exactement ce qui va se produire.»
«Pour chaque personne qui prend la route là-bas, une personne va quitter la route ici (en Occident). [...] Le monde s'en allait vers le global, mais désormais il s'en ira vers le local.»
L'économiste, qui n'en est pas à ses premiers coups d'éclats, vient de quitter son poste en mars 2009, qu'il dit avoir "quitté de son plein gré".