Jardins partagés et vergers publics
Par Veronika Paenhuyzen, les AmiEs de la Terre / Belgique
Dans un avenir pas si lointain où tout ce qui n’est pas produit localement risque de devenir très cher suite à la raréfaction du pétrole et donc à l’augmentation vertigineuse des coûts de transport, notre capacité à produire des fruits et des légumes localement devrait être encouragée et développée. Totnes, une petite ville anglaise du Devon qui est pionnière du mouvement des « Villes en Transition » a depuis peu lancé une initiative intéressante allant dans ce sens : un système de jardins partagés.
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En Angleterre il existait déjà une longue tradition de jardins urbains mis à disposition des habitants par les autorités publiques grâce à la promulgation de l’« Allotments Act » de 1925, une démarche législative qui devait améliorer la sécurité alimentaire en temps de crise. Mais le système des Allotments n’est aujourd’hui plus une priorité des autorités : les listes d’attente sont longues et les terrains à concéder aux habitants sont de moins en moins nombreux car source de spéculations immobilières. Partant du constat que beaucoup d’habitants de Totnes ont, à l’avant ou à l’arrière de leur maison, des jardins privés non utilisés (que ce soit par manque de temps, manque d’intérêt, ou manque de mobilité), le groupe de travail « Alimentation » de l’initiative de Totnes a désiré encourager le partage de jardins en lançant un « Garden Share Scheme ». Les jardins collectifs tels qu’on les trouve en France et depuis quelque temps en Belgique sont souvent terrains publics gérés par une plus large communauté de jardiniers. Le projet initié à Totnes va plus loin : il transgresse les limites de la sphère privée. Car partager son jardin c’est en quelque sorte partager son chez soi !
La première saison de lancement de cette initiative fut un succès. Après une vaste campagne d’information via presse, affiches et dépliants toute boîte, des propriétaires « jardiniers amateurs » ont mis à disposition leur jardin privé et on accepté de le partager avec d’autres afin que ces espaces soient transformés, mis ou remis en culture, le plus souvent selon les principes de l’agriculture biologique ou de la permaculture. Le principe est simple : toute personne possédant un terrain inutilisé (ancien potager, pelouse, terrain vague) peut conclure un contrat de « partage de jardin » avec un ou plusieurs planteurs jardiniers qui eux n’ont pas accès à du terrain. Ces derniers sont le plus souvent des citoyens vivant dans des appartements, des locataires... qui n’ont pas la chance d’avoir accès à un jardin pour cultiver fruits, légumes et fleurs. Le propriétaire du terrain peut aider à cultiver le lopin et le plus souvent, les récoltes sont partagées. Parmi les participants autant de jardiniers débutants que de confirmés : le réseau « Transition Totnes » tente de constituer des paires qui ont les mêmes attentes du projet (temps, connaissances de base et affinités...) A ce jour Totnes compte plus de 20 jardiniers qui peuvent apprendre ou réapprendre le contact avec la terre sur terrains privés de toutes tailles (à quoi il faut ajouter les familles ainsi nourries). L’idée motrice du projet est de créer une initiative communautaire à long terme, misant sur le développement et la durabilité de la culture des parcelles qui dans la mesure du possible seront gérées d’année en année par les mêmes jardiniers.
Impliquer la communauté
Les atouts de la démarche sont nombreux : les résultats des efforts fournis pour une meilleure résilience et une relocalisation alimentaire sont directement visibles. Le projet contribue à la sauvegarde des semences, il aide perpétuer la tradition de la culture familiale, à petite échelle. Enfin, il offre une possibilité supplémentaire de rompre l’isolement social et de recréer des échanges intergénérationnels.
Quand on se rencontre autour d’un terrain, on tisse d’emblée des liens collectifs, on a envie de partager nos savoirs, nos pratiques et pour les plus âgés, l’histoire et la mémoire du lieu qu’on a décidé d’ouvrir à l’autre...
Lou Brown, responsable du projet « Jardins partagés » de Totnes témoigne : « Cultiver notre propre nourriture à Totnes signifie non seulement moins de kilomètres alimentaires parcourus, plus de nourriture locale, une meilleure sécurité alimentaire, moins d’emballages, des produits bio moins chers et une meilleure utilisation de l’espace pour créer des écosystèmes prospères. Enfin c’est aussi une occasion de créer des liens forts au sein de notre communauté »
Une autre initiative fort intéressante du groupe “Transition Town Totnes” va également dans le sens de l’alimentation solidaire : la plantation de vergers à Noix. Depuis deux ans, les habitants ont été invités à participer au projet en plantant des châtaigniers, noisetiers, noyers, noix de pécan et amandiers... sur des terrains principalement publics. Il est clair ici que c’est un projet à long terme qui ne portera ses fruits ( !) qu’après quelques années... Un « investissement » pour les enfants de la ville.
Depuis mars 2007, plusieurs campagnes de plantation ont eu lieu, largement soutenues par les autorités publiques (qui, tout comme d’autres propriétaires publics avaient du donner leur agrément pour la mise en place de ces vergers de noix sur des terrains inoccupés...). Pendant la première année de l’action les organisateurs ont même obtenu quelques subventions privées, des dons de matériel communal et d’arbres de pépiniéristes locaux. L’accent a été mis sur une forte implication des habitants, tant pour la recherche des sites adéquats que pour dénicher des sponsors. Petite anecdote intéressante : l’entretien et la surveillance des arbres seront effectuée par des « gardiens » volontaires, à savoir des personnes habitant dans les alentours de lieux de plantation - dont quelques enfants... Pour le suivi de la croissance des arbres plantés, des professeurs d’horticulture ont gratuitement dispensé une formation de base de 2 jours.
Pourquoi pas des pommes ?
Les raisons qui ont poussé les habitants de Totnes à planter des oléagineux sont multiples. Ils offrent une récolte nourrissante, riche en vitamines et mieux que de prosatisfaire simplement nos gourmands estomacs, ils ont de nombreuses autres utilisations intéressantes. Citons simplement pour exemple le noyer :
- la partie verte charnue autour de la noix -le brou - fournit un jus qui peut être utilisé en teinturerie.
- Du cerneau on extrait pression de l’huile de noix.
- Enfin, les tourteaux, résidus de la pression, peuvent servir de nourriture aux animaux.
- On peut faire un excellent vin à partir des noix vertes et les coquilles peuvent servir de combustible.
- Les feuilles et les chatons peuvent servir à faire des alcools ou des décoctions.
- Enfin, une fois devenu « moins productif » le noyer pourra être laissé sur pied comme refuge pour la biodiversité ou coupé pour son bois de qualité apprécié en menuiserie et ébénisterie... à condition bien sur de replanter d’autres exemplaires !
De nombreuses autres utilisations pourront être trouvées pour la noisette, l’amande, la châtaigne ou les noix de pécan.... Une tournée chez les anciens de Totnes est d’ailleurs prévue pour rassembler des recettes et pratiques de transformation oubliées...
Voilà donc de belles récoltes en perspective ! Et pour se faire connaître au delà de la ville, les habitants désirent acquérir à terme pour leur ville l’appellation « Totnes capitale anglaise des vergers à noix ». À quand le premier jumelage avec une ville des noix belge ?
Cet article a été publié initiatilement sur le site des AmiEs de la Terre / Belgique.
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