Les initiatives de transition


Qu'appelle-t-on réellement une « Initiative de Transition » ? Au départ, l'expression qui exprimait ce concept était les « Villes en Transition », mais elle a perdu une grande partie de sa pertinence, parce qu'il est désormais question de villes, arrondissements, vallées, péninsules, codes postaux, villages, hameaux et îles de transition… Ainsi, bien que rien de tout cela ne sonne aussi bien que Villes en Transition, Initiatives de Transition semble être le meilleur terme générique. Les Initiatives de Transition consituent une nouvelle approche évolutive de la durabilité à l'échelon de la communauté, qui émerge un peu partout dans les communes du pays. Elles sont, pour utiliser l'expression de Jeremy Leggett, des « microcosmes d'espoir évolutifs ». L'idée est née, comme nous l'avons vu au chapitre 9, avec le Plan de Descente Énergétique de Kinsale, en Irlande, et elle s'est répandue dans les communes de Grande-Bretagne et d'ailleurs.

Les Initiatives de Transition sont fondées sur quatre prémisses de base :

1. Nous ne pourrons éviter de vivre en consommant beaucoup moins d'énergie. Il vaut mieux s'y préparer que d'être pris par surprise.
2. Nos lieux de vie et nos communautés manquent de la résilience nécessaire pour survivre aux importants chocs énergétiques qui accompagneront le pic pétrolier.
3. Nous devons agir collectivement et nous devons agir maintenant.
4. En déchaînant le génie collectif de nos proches pour concevoir en avance et avec créativité notre descente énergétique, nous pouvons construire des modes de vie plus reliés, plus enrichissants et qui reconnaissent les limites biologiques de notre planète..

Un avenir plus pauvre en pétrole pourrait, si l'on y consacre assez de réflexion et d'invention avec une avance suffisante, être préférable à notre présent. Un futur plus sobre en énergie et plus résilient ne doit pas forcément jouir d'une qualité de vie inférieure à celle du présent. Au contraire, un avenir où l'économie locale serait revitalisée posséderait bien des avantage par rapport au présent, parmi lesquels le bien-être et le moindre stress de la population, l'amélioration de l'environnement et le renforcement de la stabilité.

En réalité, l'échelon gouvernemental commence à en prendre conscience - en Australie du moins. Andrew Mc Namara, le ministre de la Durabilité , du Changement climatique et de l'Innovation du Queensland, a récemment déclaré :

« Il ne fait aucun doute que les solutions locales, conduites par les communautés, seront essentielles. Le gouvernement aura certainement un rôle à jouer en assistant et en encourageant les réseaux locaux, qui peuvent apporter leur contribution sous forme de biens, de nourriture, de carburant, d'eau, d'emplois et des choses que nous achetons dans des magasins…

Nous assisterons à une relocalisation de nos modes de vie qui nous rappellera non pas le siècle dernier, mais celui qui l'a précédé. Et ce n'est pas un mal. L'une des réponses les moins coûteuses et les plus efficaces sera sûrement la promotion de la consommation locale, de la production locale, de la distribution locale. Et elle comporte des retombées positives du fait que nous connaîtrons mieux notre communauté. Les réseaux locaux comportent des bénéfices humains et communautaires que j'ai hâte de voir grandir. »

L'exploration et la mise en place différeront pour chaque lieu : plutôt que de présenter des solutions normatives, les Initiatives de Transition veulent jouer le rôle d'un catalyseur et permettre aux communautés d'explorer et d'imaginer leurs propres réponses.

Elles concentrent l'esprit collectif sur l'aspect pratique de la descente énergétique qu'un nombre croissant de commentateurs considèrent, ainsi que nous l'avons vu dans la première partie, comme le résultat inévitable du pic pétrolier et du changement climatique. Les Initiatives de Transition cherchent à créer des communautés résilientes, c'est-à-dire plus aptes à supporter les chocs extérieurs (un concept exploré dans le chapitre 3), qu'ils viennent du changement climatique, des problèmes de sécurité énergétique ou du prix croissant des carburants. Davantage qu'un simple exercice intellectuel, elles explorent les détails pratiques de la relocalisation consciente d'un lieu. Pour paraphraser David Holmgren (qui parlait de la permaculture, mais le propos garde sa pertinence dans ce contexte), les Initiatives de Transition sont « l'adhésion positive et sans réserve à la descente énergétique, en tant que réalité inévitable, mais aussi souhaitable. »

Étant donné que le pétrole et le gaz sont en voie d'épuisement, et que nous devons réduire d'urgence nos émissions de CO2 jusqu'à ce que nos existences quotidiennes séquestrent plus de carbone qu'elle n'en produisent, les Initiatives de Transition se demandent quelle serait l'apparence d'un tel monde. Comment vivrions-nous ? D'où viendrait notre nourriture ? Qu'entendrions-nous en ouvrant nos fenêtres le matin ? Le processus de Transition présente une approche positive et centrée sur les solutions, qui concentre tous les aspects d'une communauté pour traiter ce défi collectif et qui considère que la plupart des solutions viendront de l'intérieur, par un processus de libération de ce qui était déjà là, plus que des experts et des consultants venant de l'extérieur.

Dans la figure 18 page 135, j'ai essayé de montrer comment l'approche de Transition se distingue des approches conventionnelles de l'écologie, parce que l'un de ses objectifs centraux est de construire la résilience. J'admets que ma catégorie « écologie conventionnelle » désigne, dans une large mesure, un épouvantail, si caricatural qu'il en devient presque un cliché, mais je pense que ce processus est important, fondamental pour définir la base unique sur laquelle repose l'approche de Transition.

(Traduction par Guy Morant, d'après The Transition Handbook, de Rob Hopkins)


 

Vidéo


Ville saturée, hyper-urbanisée (au détriment notamment des terres cultivables) et connaissant de nombreux pics de pollution tout au long de l’année, Grenoble et son agglomération sont aujourd’hui des modèles de ce qu’il ne faut pas faire en terme d’urbanisme. Or, à l’heure des bouleversements climatiques et de la crise écologique multiforme, il existe pourtant un risque non négligeable de voir par exemple de nouveaux projets routiers rendus compatibles avec le ScoT et de constater que l’obligation « d’intégrer l’empreinte écologique » peut faire l’objet d’interprétations pour le moins réductrices... Au reste, le film rappelle que les occasions ne manquent pas pour les décideurs locaux de se passer de l’avis de la population dans la mise en oeuvre de grands projets (Minatec).

Ainsi, à travers un film qui a la prétention d’aller plus loin que les bonnes intentions affichées du ScoT en posant les questions qui dérangent (décroissance, démocratie, etc.), les Amis de la Terre Isère souhaitent d’une part réaffirmer que l’urgence de la crise écologique nous impose de vrais choix politiques au service de tous et destinés à s’inscrire dans la durée, et d’autre part, attirer l’attention sur le fait que l’élaboration du ScoT est une occasion unique pour les habitants de contribuer à définir des directives conformes aux objectifs de la France pour 2020 : 20 % d’économie d’énergie, 20 % de réduction de GES par rapport à 1990 et 23 % d’énergies renouvelables (loi Grenelle du 3 août 2009).

«  Grenoble 2030 » s’appuie sur le témoignage d’objecteurs de croissance (Paul Ariès) et d’acteurs de l’écologie au niveau national (Pierre Rabhi), apportant un éclairage sociologique et philosophique. Le film donne également la parole à des citoyens concernés par le devenir de leur territoire de vie : Rocade Nord, agriculture, pollution de l’air, déchets, etc.