Télétravail : la révolution verte ou un leurre écologique ?

Le télétravail est souvent présenté comme la solution miracle pour réduire l’empreinte carbone des entreprises. Fini les bouchons interminables et les transports polluants ! Mais cette vision idyllique est-elle vraiment représentative de la réalité ? Si le concept séduit, il soulève aussi de nombreuses interrogations. Cet article a pour objectif de lever le voile sur les véritables impacts environnementaux du télétravail.

Le télétravail, une solution à double tranchant ?

À première vue, le télétravail semble être un incroyable levier pour la transition écologique. En supprimant les navettes quotidiennes entre le domicile et le lieu de travail, il permettrait d’économiser des millions de litres de carburant et d’éviter le rejet de tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Des chiffres à en faire tourner la tête des défenseurs de l’environnement !

Selon l’ADEME, opter pour le télétravail réduit de 69% le nombre de déplacements d’un salarié lors d’une journée classique. Une véritable révolution pour lutter contre la pollution automobile qui représente 39% des émissions de gaz à effet de serre en France. Pourtant, cette solution prétendument « verte » cache quelques revers de la médaille.

En réalité, la baisse des émissions n’est que de 39% en moyenne, le télétravailleur continuant à se déplacer pour d’autres raisons (courses, enfants, activités). Pire encore, l’effet rebond fait des siennes. Loin d’être une pratique vertueuse, le télétravail pourrait même s’avérer contre-productif sur le plan environnemental !

D’une part, l’effet rebond résidentiel engendre une hausse significative de la consommation énergétique à domicile (+7,5 kWh/jour selon l’ADEME). Un constat d’autant plus alarmant que cette énergie supplémentaire provient souvent de sources fossiles très polluantes.

D’autre part, l’allongement des distances domicile-travail vient également compenser les bénéfices escomptés. Résultat, l’impact réel du télétravail sur les émissions de CO2 n’est que de 3 à 5% d’après les études menées sur la région de Lille. Un piètre bilan pour une solution tant vantée !

Gérer le télétravail avec précaution

Face à ce constat en demi-teinte, il serait naïf de se lancer à corps perdu dans le télétravail sans prendre certaines précautions. Pour en faire un véritable atout environnemental, les entreprises doivent d’abord bien cerner les habitudes de leurs collaborateurs.

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Étudier les modes de déplacements des collaborateurs

    La première étape consiste à analyser dans le détail les modes de transport utilisés par les salariés pour leurs navettes quotidiennes. Car si le télétravail est particulièrement bénéfique pour réduire l’utilisation de la voiture individuelle, grande pourvoyeuse d’émissions, il peut s’avérer contre-productif lorsque les collaborateurs optent déjà pour des solutions douces.

    Pour les adeptes des transports en commun, du vélo ou de la marche à pied, le télétravail n’aura que peu d’impact positif, voire un impact négatif avec l’effet rebond résidentiel. Il faut donc bien distinguer les situations où cette pratique est vertueuse de celles où elle constitue un leurre écologique.

    Les spécificités géographiques et pays jouent également un rôle déterminant. Dans les régions très urbanisées où les transports en commun sont développés, le télétravail affichera un bilan carbone globalement négatif. À l’inverse, dans les zones rurales et périurbaines très dépendantes de la voiture, il permettra d’importantes économies d’émissions.

    Télétravail : la révolution verte ou un leurre écologique ?

    Revoir l’organisation de l’entreprise

      Pour maximiser les bénéfices environnementaux, le télétravail doit s’accompagner d’une réorganisation profonde des modes de fonctionnement de l’entreprise. La solution la plus vertueuse réside dans le concept de « flex office ».

      Le principe ? Diminuer la surface de bureaux en adéquation avec le nombre de postes occupés en présentiel. Cette démarche qui peut sembler risquée permet en réalité de substantielles économies, que ce soit sur les loyers, le chauffage ou l’électricité des locaux laissés vacants.

      Mieux encore, ces espaces libérés peuvent être mutualisés avec d’autres sociétés dans une logique de co-working, maximisant ainsi l’utilisation des ressources disponibles. Un véritable pied de nez à l’obsolescence des immeubles de bureaux vides !

      Dans la même veine, rapprocher au maximum les lieux de vie et de travail constitue un autre levier pour réduire l’empreinte carbone. En regroupant ses activités au cœur des bassins d’emplois résidentiels, une entreprise favorise des navettes de courte distance, facilement réalisables à pied ou à vélo.

      Privilégier le mode audio pour les visioconférences

        L’essor du télétravail s’accompagne inévitablement d’une recrudescence des réunions en visioconférence. Si ces outils collaboratifs présentent de nombreux avantages pratiques, leur abus fait peser une lourde menace sur l’environnement.

        La faute à une consommation énergétique démesurée, principalement due à l’activation des flux vidéo. Selon une étude de 2020, une minute de visioconférence avec la vidéo émet en moyenne 1g de CO2. Un véritable gouffre énergétique !

        La parade est simple : restreindre au maximum l’utilisation des caméras pour se concentrer sur le mode audio. Les économies sont immédiates puisque cette fonctionnalité « sobre » réduit les émissions de 2 à 3 fois selon les applications.

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        Dernière recommandation, privilégier les solutions éco-responsables parmi les nombreux outils existants sur le marché. Même si leurs performances environnementales restent souvent opaques, des différences notables existent entre les plateformes les plus vertueuses et les véritables gouffres énergétiques.

        Optimiser son poste de télétravail

        Si les entreprises ont un rôle majeur à jouer, les salariés en télétravail ne doivent pas être en reste pour réduire leur empreinte environnementale. En adaptant leurs équipements et leurs habitudes, ils peuvent largement compenser l’effet rebond résidentiel.

        Maîtriser sa consommation électrique à domicile

          Éteindre les appareils en veille, baisser le chauffage d’un ou deux degrés, opter pour des ampoules LED… Les bons réflexes éco-responsables à adopter sont nombreux et permettent des économies d’énergie substantielles au quotidien.

          Parmi les gestes forts, installer des panneaux solaires photovoltaïques constitue un excellent investissement pour s’affranchir des énergies fossiles tout en réduisant sa facture. Dans un même ordre d’idée, souscrire une offre d’électricité verte auprès d’un fournisseur renouvelable reste l’une des solutions les plus simples et rapides.

          Dernier point et non des moindres : opter pour des équipements économes. Les nouveaux critères d’éco-conception rendent le choix d’appareils sobres en consommation plus facile, comme l’indique l’étiquette énergie obligatoire.

          Allonger la durée de vie de son matériel IT

            Autre poste de dépense énergétique majeur, le matériel informatique fait souvent les frais du télétravail. Pour répondre aux nouveaux besoins, les entreprises n’hésitent pas à renouveler en masse ordinateurs, écrans, imprimantes… Une stratégie désastreuse d’un point de vue environnemental !

            La principale recommandation est donc de privilégier une approche de réparation systématique plutôt que le remplacement. De nombreux prestataires proposent même des offres de réparation avec pièces reconditionnées, une solution économique et vertueuse.

            Mieux encore, opter directement pour du matériel reconditionné permet de donner une seconde vie aux équipements, réduisant ainsi de façon significative leur empreinte écologique. Des solutions qui s’inscrivent pleinement dans une logique d’économie circulaire.

            Un cadre ergonomique adapté

              Dernier enjeu et non des moindres, le télétravail à haute dose peut rapidement se transformer en un cauchemar sur le plan physique. Maux de dos, nuque douloureuse, troubles musculo-squelettiques… Les risques ne manquent pas.

              Pour y remédier, aménager un espace de travail ergonomique et sain devient primordial. Au programme : un fauteuil adapté à sa morphologie, un plan de travail à bonne hauteur, un éclairage suffisant, etc. De nombreux guides pratiques existent pour créer son environnement idéal.

              Dans cette recherche du bien-être, les matériaux écologiques et naturels à privilégier offrent un double bénéfice sur le plan environnemental. Bois, liège, chanvre… Ils apportent une réelle plus-value en termes de qualité de vie tout en réduisant l’empreinte carbone.

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              S’engager dans une démarche d’entreprise responsable

              Au-delà des ajustements organisationnels et des optimisations individuelles, c’est une véritable transformation culturelle qui doit s’opérer au sein des organisations pour faire du télétravail un levier de développement durable. Seule une démarche d’entreprise responsable et volontariste permettra d’en maximiser les bénéfices environnementaux.

              Réduire son empreinte carbone en télétravail

              Former et responsabiliser les collaborateurs

                Le premier prérequis est de sensibiliser l’ensemble des équipes aux enjeux écologiques liés au numérique et au télétravail. Trop souvent méconnus, les impacts considérables des outils technologiques (data centers énergivores, recyclage des équipements, etc.) doivent être mis en lumière.

                Des programmes de formation dédiés permettront de faire prendre conscience des bonnes pratiques à adopter au quotidien. Celles-ci pourront également être promues via des campagnes de communication régulières sous forme de défis, de concours ou de guides pratiques.

                Dans cette même optique de responsabilisation, impliquer les collaborateurs dans la définition d’une politique télétravail durable et la fixation d’objectifs de réduction d’émissions représente un levier motivationnel de premier ordre. Chacun doit se sentir acteur du changement !

                Mettre en place un plan de mobilité durable

                  En parallèle, développer une stratégie de mobilité bas carbone s’impose comme la pierre angulaire de toute démarche visant à réduire l’empreinte du télétravail. Cela passe avant tout par la sensibilisation aux modes de déplacement doux et l’accompagnement des collaborateurs dans ce changement de comportement.

                  La mise en place d’indemnités kilométriques attractives constitue un premier pas pour encourager le recours au covoiturage. Dans le même esprit, prendre en charge totalement ou partiellement les abonnements aux transports en commun est un geste fort pour les entreprises les plus vertueuses.

                  Dernière piste de réflexion, réorganiser les déplacements professionnels en optimisant les plans de tournées et en privilégiant systématiquement les modes de transports collectifs, comme le train pour les longues distances.

                  Aller plus loin dans la réduction de l’empreinte

                    Malgré tous ces efforts, des émissions résiduelles de CO2 subsisteront inévitablement. Pour les entreprises les plus ambitieuses, l’option de la compensation carbone mérite d’être explorée.

                    Financer des projets de reforestation, d’énergies renouvelables ou de captation du carbone permet en effet de contrebalancer ses propres rejets pour tendre vers une neutralité carbone. Un véritable gage d’éco-responsabilité qui pourra se doubler d’une démarche de labellisation environnementale.

                    Obtenir une reconnaissance officielle comme le label « 低碳 » ou la norme ISO 14001 offre en effet de précieux gages de crédibilité sur le plan écologique. Un atout commercial non négligeable à l’heure où les consommateurs plébiscitent les produits et services verts.

                    Télétravail : la révolution verte ou un leurre écologique ?

                    Au final, la mise en place du télétravail ne doit en aucun cas être perçue comme un prétexte pour se reposer sur ses lauriers en matière de développement durable. Bien que séduisante sur le papier, cette solution n’est bénéfique que sous certaines conditions et ne représente qu’une infime partie des efforts à fournir.

                    C’est une véritable révolution culturelle qui doit animer les entreprises, remettant en cause de nombreux process établis pour inscrire durablement leur fonctionnement et leur modèle économique dans une logique écologique. À l’avenir, les organisations résilientes seront celles qui auront anticipé cette nécessaire mutation vers un monde du travail à la fois flexible, productif… et vert !